La science-fiction est fille des contes et légendes mythologiques et religieux ("L'illiade et l'odyssée" : Homère). Les divinités de l'antiquité et les animaux fabuleux ont étés les modèles pour les extra-terrestres de la SF. ("Shambleau" : C. L. Moore, "Royaumes d'ombres et de lumière" : R. Zelany). Par la suite les croyances et les mythes ont étés remplacés par l'imagination et la spéculation scientifique.
A la Renaissance, sur les traces de Kepler, les voyages dans l'espace et notamment vers la lune deviennent des classiques : Cyrano de Bergerac, Fontenelle "Entretiens sur la pluralité des mondes" (1686), "les aventures du Baron Munchhausen" (1786). Avec Copernic, Galilée, Newton la science se développe et avec elle une approche de la rationalité (Diderot / Descartes).
Au XVIIIème et XIXème siècle, les philosophes (Voltaire /Montesquieu), puis les révolutions françaises et américaines annoncent les utopies.La SF est elle-même une grande créatrice de modèles de sociétés, et plus souvent des dystopies. ("1984" : Orwell," Le troupeau aveugle" : Brunner).
Le XIXème siècle est l'âge d'or du fantastique. La SF reprendra certains thèmes phares malgré une forte contradiction entre les deux genres : Le Savant Fou ("Frankeinstein ou le prométhée moderne" 1818 : Mary Shelley),la vie suspendue ("Petite discussion avec une momie" 1845), à la source de l'hibernation, le cauchemar, le double, l'immortalité ("Faust" 1808 : Goethe), la posssesion diabolique reprise par Jack Finney : "Invasion of the body snatchers", et les monstres : lycanthrope, vampires et finalement extra-terrestres et mutants. ("la faune de l'espace" : A.E. Vogt 1950)
La science-fiction prend réellement naissance avec la révolution industrielle (Automobile, vaccins, cinéma, aviation, télephone, électricité). C'est donc en France et en Angleterre que la SF se développe avec deux auteurs éminents : Herbert George Wells (1866-1946) et Jules Verne (1828-1925). En marge des deux monstres sacrés, le XIXème siècle sera fertile en récits novateurs : "Le cas étrange du docteur Jekill et de Mister Hyde" de Stephenson 1886, "Flatland" d' Edwin Abbott (1884), "un Yankee à la cour du roi Arthur" de Mark Twain en 1885.
Le déclin européen, amorcé par la guerre de 1914-1918 et son cortège d'horreurs (Gaz, artillerie, aviation) entraine une méfiance populaire vis à vis de la science. La révolution d'octobre en Russie, utopie socialiste, dégénère en dictature et les fascismes se développent progressivement dans toute l'Europe. la SF se teinte de pessimisme, les dystopies et récits apocalyptiques prolifèrent. "le meilleur des mondes" : Aldous Huxley : 1932, "les navigateurs de l'infini" de J.H. Rosny Aîné, "les derniers et les premiers" d'Olaf Stapledon 1930.
C'est aux Etats-Unis, sous forme de récits d'aventures, dans les "pulps" que la science-fiction renoue avec le succès populaire. (Jack Williamson, Abraham Merritt, Edgar Rice Burrough). Dans toute cette littérature c'est le Space Opéra qui domine, transposition de la conquête de l'ouest dans les étoiles, ces récits sont naïfs mais imaginatifs. La Fantasy ou Heroic Fantasy émerge aussi à cette époque.("Conan" 1932 Robert E. Howard, "La Nef d'Ishtar" 1923 Abraham Merritt).
Durant la seconde guerre mondiale, l'allemand Von Braun démarre la conquête spatiale plutôt violemment en bombardant Londres avec ses fusées V1 et V2. 1957 le premier Spoutnik , 1961 Youri Gagarine, les sondes américaines et russes explorent le système solaire et donne un nouveau souffle à la SF outre-Atlantique. Isaac Asimov, James Blish, Ray Bradbury, Robert Heinlein, Clifford D. Simak, Théodore Sturgeon, Alfred E. Van Vogt vont règner en maîtres sur la SF pendant presque 50 ans. Gràce à des directeurs de publications brillants comme John Campbell, la SF abandonne son berceau de récits primitifs pour aborder un éventail de thèmes très variés. La ségrégation ("Les plus qu'humains", Théodore Sturgeon 1953), le Racisme ("Dans le torrent des siècles" Clifford Simak 1951), la dictature, ('Fahrenheit 451" Ray Bradbury 1953), la philosophie ("Le monde des A" Van Vogt 1956), la politique et l'ecologie ("Dune" 1965 Frank Herbert), la déformation de la réalité et les paradis artificiels ("Ubik" Philip K Dick 1969).
Les théories scientiques du début du siècle, la relativité d'Einstein et la théorie des quanta élargit encore ses thèmes, mais les sciences humaines, psychologie et sociologie ne sont pas oubliées et s'adressent à un public très large aux Etats Unis. ("Dangereuses Visions" Harman Ellison 1967).
L'apocalypse nucléaire issu d'Hiroshima et la guerre froide qui va suivre seront des thèmes majeurs de la SF durant années 1950. La paranoïa anti-communiste aux Etats-Unis, les monstruosités nazies contribueront à un grand nombre de romans pessimistes sur le devenir de l'humanité. ("Tous à Zanzibar" de John Brunner 1968, "Soleil Vert" Harry Harrison 1966).
Dans les années 1970-80, la conquête de la Lune est accomplie, le consumérisme et le libéralisme américain triomphent : les idéologies sont mortes en même temps que le mur de Berlin (1989). l'heure est au pragmatisme. La science-fiction américaine est omniprésente dans toutes les collections, néanmoins les écoles Anglaises (Ballard, Aldiss, Moorcock, Ian Banks, Stephen Baxter ), d'Europe de l'est (Stanislas Lem (Pologne) , A.B Strougratski (URSS)) et Françaises tentent de résister vaillamment. (Jean Hougron, Francis Carsac, Gérard Klein, Philippe Curval, Stephan Wul) .
L'essort de l'informatique, de la génétique et des multi-nationales dans les années 1980, va faire le lit d'un nouveau courant : Le Cyberpunk. Initié par W. Gibson dans Neuromancien (1984). Les dangers ne sont plus l'atome mais le clonage, l'internet (le cyberspace...), et les zaibatsu désincarnés qui écrasent l'homme à l'instar des dictatures d'antan. De nouveaux maîtres de la SF (Gregory Benford, Breg Bear, Dan Simmons, Greg Egan, Bruce Sterling, Walter Jon Williams,Kim Stanley Robinson, Ayerdhal) règnent sur un genre de science-fiction se situant dans un futur proche. La SF colle aujourd'hui à l'actualité du monde réel, celui-ci s'annonçant de plus en plus sombre. Les catastrophes Scientifiques ( Hiroshima, Tchernobyl), Climatiques (Effet de Serre, pollutions), Humaines (Auschwitz, Staline, Pol-Pot) ne sont pas une vision de progrès. Hors la science-fiction a besoin, pour fonctionner d'une certaine dose d'optimisme et de foi en l'humanité. Les productions actuelles sont donc souvent noires. ("Hypérion" Dan Simmons, "Argentine" Joel Houssin, "Babylone Babies " Maurice Dantec,"L'ange de l'abîme" de Pierre Bordage). En outre, les arcanes des romans de Hard Science sont de plus en plus difficiles à décrypter pour les néophytes (Mecanique Quantique, Génétique, Réseaux informatiques), ce qui limite fortement une diffusion plus large auprès du grand public.("Isolation" Greg Egan, "Echelle de Darwin" Greg Bear) .