On l'oublie aujourd'hui, mais Antoine Volodine a commencé sa carrière littéraire en rôdant du côté de "ces mauvais genres" que sont la science-fiction et les autres littératures de l'imaginaire.
Stupéfiante anticipation de la chute de l'empire soviétique, que Volodine annonçait dès 1986, Un navire de nulle part a surpris les habitués de la SF traditionnelle, désarçonnés à la lecture de cette histoire improbable. Jugez-en : l'U.R.S.S. parallèle de Volodine, victime d'une malédiction lancée par des "sorciers oppositionnels" que le pouvoir a jadis fait fusiller, est devenue une jungle tropicale, à l'exception d'une minuscule enclave. Affrontements confus et conflits dérisoires opposent des policiers désabusés à des aventuriers marginaux. "Du point de vue des insectes, il ne fait pas bon galoper entre les scories du trottoir" : tel pourrait être le résumé de cet étrange récit.
Difficile d'accès, complexe, parfois touffu, ce roman annonce la naissance d'un écrivain. Reste un ouvrage brillant, mais peu accessible. -